Post-crise: Retour d’expérience sur la crise dans l’Arunachal Pradesh et dans le Cachemire

Par Antony Dabila
 
Pour l’Inde, les leçons de la double crise frontalière dans l’Arunachal Pradesh et dans le Cachemire sont claires : la Chine n’hésitera à coordonner une attaque sur le front himalayen avec son allié pakistanais, et porter une seule et unique revendication pour éloigner la Fédération de la route stratégique construite par Pékin et Islamabad entre le plateau tibétain et le port de Gwadar, dans l’Océan indien.
 
Pour être en mesure de parer à une éventuelle crise à venir impliquant ses deux principaux rivaux, l’Inde doit donc être préparée à intervenir sur deux fronts. Plus qu’une guerre, rendue très improbable par la nucléarisation des trois Etats, elle craint de ne pouvoir négocier en position de force si l’un de ses voisins sait qu’elle ne peut tenir ses positions dans la plus haute chaîne montagneuse au monde. Cela passe par la mise en place d’une capacité de réaction rapide face aux incursions des combattants irréguliers entraînés par le Pakistan et face aux forces conventionnelles chinoises. Un défi très délicat à relever, mais que l’Inde ne peut feindre d’ignorer.
 
“We have to be prepared. In our context, therefore, warfare lies within the realm of reality”, résume le chef d’état-major indien. Un nouvel état d’esprit semble s’installer dans les forces de l’ancienne colonie britannique. Un état d’esprit qui implique une militarisation croissante et portant un peu plus loin la course aux armements dans l’arc stratégique courant des confins de l’Iran à Vladivostok. Embrassant certaines des principales puissances mondiales (d’aujourd’hui et plus encore de demain) dans les domaines économique, démographique, conventionnel et nucléaire, cet arc de crise nouveau voit de plus en plus de tensions négatives s’accumuler, qui pourrait se résoudre en une crise majeure aux contours imprévisibles.
 
Après le Moyen-Orient, la remise en cause de l’équilibre dans cette région viendrait définitivement ébranler le système géopolitique actuel, fondé sur la prépondérance de la puissance américaine. Cependant, le Grand Jeu se joue d’ores et déjà sans le consentement ou l’appui du gendarme américain. Prudente temporisation ou renoncement à régenter les aléas de la scène internationale? L’avenir nous le dira, mais les forces en présences semblent déjà dépasser toute capacité d’intervention occidentale.
 
Source: Le dessous les cartes, ARTE http://ddc.arte.tv/cartes/713