KINCADE FIRE

Novembre 2019

Par Alexandra Cataldi et Elsa Bourrouilh

Depuis le 23 octobre, la Californie est de nouveau en proie aux flammes. Ces épisodes dévastateurs sont de plus en plus fréquents et étalés dans l’année. En effet, en novembre 2018, la ville de Paradise, avait été touchée par l’incendie Camp Fire, d’une violence rare, et 86 personnes avaient trouvé la mort. En 2017, c’était Tubbs Fire qui dévastait 1400 bâtiments dans la ville de Santa Rosa, toujours en Californie.

Cette année encore, à cause de la sècheresse notamment, plusieurs incendies ont débuté dans la région. Baptisé Kincade Fire, le feu s’est déclenché au nord de San Francisco, dans le Comté de Sonoma le 23 octobre et n’est toujours pas éteint. Pour l’heure, aucune victime n’est à déplorer mais ce sont des dizaines de milliers d’hectares qui ont été ravagés dans cette région viticole (plus de 74 000)[1]. Par ailleurs, plus de 180 000 personnes ont dû être évacuées ainsi que deux hôpitaux dont les patients ont dû être transférés vers d’autres établissements.  L’état d’urgence a donc été décrété par le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, le 27 octobre. Cet état d’urgence est proclamé pour 60 jours et peut être renouvelé pour la même durée si la situation ne s’améliore pas. Ce décret d’état d’urgence prend souvent forme lorsque, dans le cas précis des feux, les conditions météorologiques semblent peu favorables à un arrêt immédiat et maitrisé de la situation. La possibilité de déclenchement de nouveau foyer rend également propice une déclaration et un maintien de l’état d’urgence. En revanche, si le contexte évolue positivement, cet état d’urgence pourra prendre fin de manière anticipée.

 

Si les Californiens sont de plus en plus coutumiers de ces phénomènes, l’enjeu des pompiers à l’heure actuelle est de contenir le feu, tâche qui s’avère particulièrement compliquée étant donné les vents violents en fin de semaine dernière et une nouvelle semaine très sèche annoncée. En effet, la sècheresse se fait de plus en plus virulente en Californie, d’année en année. Par ailleurs, le taux d’humidité est souvent très faible et les vents peuvent être violents. Avec cette combinaison, la moindre étincelle pourrait effectivement embraser des hectares de forêts ou de vignobles comme c’est le cas aujourd’hui. C’est pourquoi, par crainte de feu de broussailles, au sud du Kincade Fire, des évacuations préventives ont eu lieu notamment dans la région de Los Angeles où brûle le Tick Fire ; ce dernier mobilisant à nouveau des centaines de pompiers.

Par ailleurs, l’exploitant d’électricité et de gaz de la région, PG & E, a fait état de plusieurs incidents sur ses réseaux et les habitants accusent les installations insalubres qui auraient pu être à l’origine de cet incendie. En l’occurrence, un incident sur le réseau électrique aurait été signalé près du foyer d’origine du Kincade Fire seulement 7 minutes avant son départ.[2]

Le débat sur l’entretien des forêts est également mis en avant lorsque l’intensité de ces feux est sans précédent. Il faut savoir que le gouvernement fédéral est à l’origine de la gestion de 60% des forêts mais que leur densité reste difficile à maîtriser. Entre problème de déforestation et “surpeuplement” des forêts favorisant les départs de feu, les associations (California Forestry Association)[3] jouant un rôle dans l’entretien des forêts se retrouvent prises de court. Le second problème soulevé relève de la multiplication des broussailles qui augmentent les départs de feu et qui mettent en lumière le défaut d’entretien des forêts. Si l’on prend en comparaison le code forestier français, les zones exposées aux risques d’incendie débroussailler dans un rayon de 50 mètres leur propriété. 

           

A l’heure actuelle, le feu est contenu à 70%[4]. Certaines zones qui avaient été évacuées sont désormais libres d’accès et les habitants peuvent rentrer chez eux.

Selon Cal Fire, 4957 pompiers sont à l’œuvre pour éteindre le feu, objectif qui devrait être atteint jeudi 7 novembre toujours selon cette source. Chaque pompier mobilisé doit suivre les règlementations et normes issues de la National Fire Protection Association[5] dont les missions sont de lutter contre les troubles physiques et matériels liés aux incendies. Cela s’est également étendu aux installations électriques.

En comparaison, les feux ayant démarré en Nouvelle Galle du Sud (Australie) en novembre 2019 n’ont vu la mobilisation que de 1200 pompiers pour 11 000 km2.[6] Les Californiens ont donc mobilisé 60 fois plus de pompiers que les Australiens.

Les bonnes conditions météorologiques de la nuit du 1er au 2 novembre ont permis aux pompiers de faire de grandes avancées pour contenir le feu. Cependant, certaines zones au nord sont difficiles d’accès à cause des routes étroites et du terrain escarpés, les pompiers ont donc de grandes difficultés pour avancer dans ces zones.

Le bilan se dresse aujourd’hui à 352 bâtiments qui ont été détruits dont 167 maisons d’habitation et 10 entreprises. Une prison a également dû être évacuée

 

Les enjeux de ces incendies en Californie et plus particulièrement du Kincade Fire sont tout d’abord des enjeux humains. En effet, l’objectif premier est qu’aucune victime ne soit à déplorer. Par ailleurs, la préservation des biens matériels (bâtiments) et naturels (vignobles et terrains) sont aussi deux enjeux majeurs auxquels doivent répondre les pompiers aujourd’hui.

La prise en charge des personnes évacuées a pu poser un problème mais la région dispose de nombreux centres d’accueil où la majorité des rescapés ont pu être hébergés. Pour les autres, il aura fallu compter sur la solidarité des habitants de la région, qui ont d’ailleurs mis en place des levées de fond pour aider ces victimes, ou encore sur les hôtels alentours.

Finalement, si l’origine du feu provient bien de la société de gaz et d’électricité, ils devront rapidement remettre en état les réseaux de distribution pour s’assurer qu’une telle crise ne puisse plus avoir lieu.

En somme, l’écosystème californien a toujours été propice à l’embrasement du fait d’un climat très sec et d’une végétation qualifiée de très combustible que l’on nomme chaparral. Combinée à une augmentation des températures, l’État de Californie, se transforme chaque année en une poudrière. La gravité des feux, l’augmentation de leur fréquence et l’étendue des dégâts tendent à se multiplier ces dernières années, entraînant une saison de feu longue et difficile à contenir par les services de protection. De nombreuses interrogations subsistent, notamment sur l’installation des habitants dans des zones à risques où la gestion des feux n’est pas la seule priorité des autorités.

Trump a menacé le gouverneur de Californie de lui refuser les aides fédérales provenant de la Federal Emergency Management Agency (FEMA) pour lutter contre les incendies. Donald Trump aurait cité “Des milliards de dollars sont octroyés à l’Etat de Californie pour des feux de forêts qui, avec une bonne gestion des forêts, ne devraient jamais arriver », a tweeté le président américain. « A moins qu’ils ne changent de méthodes, ce qui est peu probable, j’ai donné l’ordre à la FEMA (Agence de gestion des situations d’urgence) de ne plus envoyer d’argent ». En effet, il estime que ce dernier ne les a, jusqu’à présent, pas utilisées à bon escient et surtout pas pour une bonne gestion des forêts, étant donné que les écologistes reprochaient à Gavin Newsom de détruire des forêts lorsqu’il s’agissait de leur nettoyage. Il a donc cessé de procéder à ces nettoyages, ce qui a conduit à la propagation si phénoménale du Kincade Fire.  (Depuis 1876, le Congrès américain a mis en place un service de protection des forêts au niveau fédéral. C’est ce service qui est donc chargé de s’assurer de préserver les forêts et les prairies des États-Unis.)

           

Il est également possible de faire un parallèle avec l’ampleur des feux qui ont touché à la même période l’Australie du fait de conditions météorologiques extrêmes. L’intensité de ces incendies a causé la mort de trois personnes. Les forêts australiennes sont effectivement adaptées à des environnements de feu. Les gestions de propagation des feux est en effet parfois sommaire puisque les services de gestion des parcs ont souvent peu d’expérience en la matière. Il faut également savoir que plus de 90% des départs de feux en Australie sont souvent d’origine humaine[7]. Mais peu à peu des structures de coopération inter-service et de commandement lors de désastre tend à se développer. C’est pourquoi il est possible d’affirmer que les services d’urgences américains semblent être plus performants, mais la responsabilité civile engagée lors de la propagation des feux et la multiplication du nombre de départ de feux fragilisent l’efficience régulière des pompiers.


Sitographie


[1] NBC Bay Area, [en ligne]. 2019 [consulté le 2 novembre 2019], disponible sur https://www.nbcbayarea.com/news/local/Containment-Kincade-Fire-Sonoma-County-564220971.html

[2]  Le monde [en ligne]. Josh EDELSON, 2019, [consulté le 1 novembre], disponible sur https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/10/27/en-californie-les-incendies-font-rage-50-000-personnes-sommees-d-evacuer_6017067_3244.html

[3] California Forest [en ligne]  http://calforests.org/

[4]  Abc News, [en ligne]. 2019 [consulté le 3 novembre 2019], disponible sur https://patch.com/california/healdsburg/kincade-fire-167-homes-destroyed-damage-assessment-continues

[5] NFPA https://www.nfpa.org/

[6] Libération, [en ligne]. 2019 [consulté le 23 novembre 2019], disponible sur https://www.liberation.fr/depeches/2019/11/10/incendies-en-australie-les-pompiers-redoutent-une-aggravation-de-la-situation_1762606

[7] N.P Cheney, La gestion actuelles des incendies de forêts en Australie, pp 6-7