Fukushima : 8 ans après, où en est-on ? Cette catastrophe nucléaire a-t-elle permis de mieux se préparer en France ?

Par Hugo Spitz Drevet et Loris Devigne, le 15 novembre 2019

 

Vendredi 11 mars 2011 la côte Pacifique Japonaise, Tôhoku, est touchée par un séisme d’une magnitude de 9,0 sur l’échelle de Richter, ce qui en fait le séisme le plus puissant qui n’ait jamais frappé le Japon. Les conséquences de ce séisme se font très vite ressentir, il engendre un tsunami dont les vagues atteindront une hauteur estimée à plus de 20 m parcourant parfois plus de 10 kilomètres et ravageant près de 600 kilomètres de littoral, détruisant des villes ainsi que des zones portuaires.

Cette catastrophe naturelle causera des milliers de morts, disparus et blessés, ainsi qu’un accident d’une ampleur sans précédent dans l’archipel japonais : un accident nucléaire. En effet le tsunami s’écrasera sur la centrale nucléaire de Fukushima, forçant le gouvernement japonais à déclarer, le 11 mars 2011 à 19 h 03 l’état d’urgence nucléaire pour le pays. Cet état d’urgence donnera lieu à l’évacuation des populations dans un rayon de 30 kilomètres de la centrale nucléaire durement touchée par le tsunami (soit près de 215.000 personnes). La catastrophe sera finalement placée au niveau 7 sur l’échelle des accidents nucléaires et radiologiques (niveau maximum correspondant aussi à celui de la catastrophe de Tchernobyl)[1].

En effet lors du tremblement de terre, puis du tsunami, la centrale nucléaire a été durement touchée, son système de refroidissement ayant été mis hors service, causant des explosions en chaîne ainsi que des fusions du réacteur nucléaire. Il aura fallu plusieurs mois (9 mois) à la société Tokyo Electric Power Co., pour ramener les réacteurs à un état « d’arrêt froid » et prétendant avoir réussi. Le Premier Ministre Yoshihiko Noda lors d’une conférence sur l’accident nucléaire le 16 décembre 2011, annonce que le réacteur est désormais à l’arrêt et que la situation est sous contrôle. Takashi Sawadale vice-président de la Société Énergie Atomique du Japon, corrobore les dires du Premier Ministre Japonais « Je pense qu’il est correct de dire que les réacteurs ont essentiellement atteint un état stable de refroidissement »[2].

Cependant, réussir à arrêter les réacteurs n’a pas sorti le Japon de son problème, cela marque seulement le tournant de la prochaine étape, qui prendra encore plusieurs dizaines d’années à aboutir. Ainsi, selon un comité d’experts, pour retirer le combustible des réacteurs, il faudrait une dizaine d’années. Tandis que la mise hors service du site pourrait quant à elle durer plusieurs décennies. Certains restent même très critiques quant à la possibilité de retirer le combustible. Il s’agit notamment de l’avis de Tetsunari Iida, directeur de l’Institut des Politiques Énergétiques Durables (Institute for Sustainable Energy Policies), un groupe anti-nucléaire : « La décontamination, pour eux, consiste à mettre fin à l’accident. Cela prendra environ 40 ans. Ils ne sont peut-être même pas en mesure d’enlever le combustible et pourraient avoir à cimenter tout le processus »[3].          

Au-delà de la question du combustible encore présent sur le site, une autre problématique se pose ; qui elle s’avère être bien plus urgente du fait de son caractère « inarrêtable ». Nous parlons ici de l’eau utilisée afin de maintenir à froid les réacteurs endommagés. Étant donné que ces réacteurs ont été impactés par le tsunami, l’eau utilisée pour le refroidissement devient alors contaminée par des éléments radioactifs, et on comprend mieux la nécessité de stocker ainsi que de traiter cette eau. Jusqu’à présent, un système de stockage a été mis en place sur le site de Fukushima, mais ce dernier arrivera à son maximum à l’été 2022 (compte tenu du rythme de 300 à 400 tonnes d’eau contaminée par jour). Il faut alors, d’ores et déjà, réfléchir au devenir de l’eau en stock, mais aussi et surtout, à l’eau nouvellement contaminée dès lors que le stockage deviendra impossible[4][5].

 Une des solutions envisagées serait de déverser cette eau dans l’océan ; solution la moins coûteuse et en même temps la plus probable selon l’ancien ministre japonais de l’environnement Yoshiaki Harada. D’autres solutions sont actuellement à l’étude, mais étant donné que le moment critique se rapproche de plus en plus, si ces solutions plus techniques et plus coûteuses ne s’avèrent pas réalisables, ne restera alors que la solution de facilité à savoir déverser ces eaux dans l’océan[6][7].

Rassurons-nous, il ne s’agirait pas de la déverser telle quelle, mais bien une fois qu’elle aurait été « décontaminée » par un procédé de filtration appelé ALPS (permettant officiellement de réduire la quantité de nucléides, à l’exception du tritium, un isotope de l’hydrogène). Tout le problème réside dans le fait que malgré ce procédé l’eau ne pourrait pas être « propre » à 100 % ; certains éléments radioactifs qualifiés de dangereux échappant encore au procédé de filtration étant donné que la technologie actuelle ne permet pas de les éliminer (notamment strontium 90 et l’iode radioactif).

 

Pourquoi cette problématique de l’eau contaminée est-elle centrale ?

Une grande partie de l’eau présente dans la centrale est arrivée avec la vague qui a submergé les installations lors du tsunami du 11 mars 2011. Puis dans l’urgence, de l’eau douce a largement été utilisée pour arroser les réacteurs et faire baisser leur température. Si la situation est désormais partiellement stabilisée, le refroidissement se fait toujours en injectant près de 350 m3 d’eau par jour. « Elle se charge alors en radioactivité. Du fait de l’inétanchéité des cuves et des enceintes de confinement, l’eau injectée s’écoule dans les sous-sols des bâtiments, d’où elle est reprise pour être traitée et réutilisée afin d’assurer le refroidissement des réacteurs », nous informait en juillet l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire).

 La question se révèle donc être centrale, car tant qu’une solution viable ne sera pas trouvée, les travaux de démantèlement ne pourront pas commencer. À cela viendrait s’ajouter une véritable crise écologique à raison d’environ 300 à 400 tonnes d’eau contaminée par jour déversée dans l’océan. D’autant plus que l’incertitude concernant l’impact qu’aurait une telle décision sur l’environnement et notamment sur la faune marine puis par effet domino sur l’Homme au travers de sa consommation de poissons renforce « l’obligation morale » pour le gouvernement japonais de trouver une alternative à cette solution qui ne contenterait personne.

En parallèle de ces considérations techniques et environnementales, on pourrait se questionner sur d’éventuelles retombées économiques d’une telle décision. En effet nous savons déjà que la Corée du Sud et la Chine ont imposé un embargo sur tous les produits issus de l’océan provenant de la zone côtière de la région de Fukushima. À ce stade il nous faut préciser que le secteur primaire au Japon ne représente plus que 2,9 % des actifs et 1 % du PIB national ; a priori pas de quoi mettre en péril la santé économique du Japon. 

Cependant il est possible d’estimer que si la décision de rejeter ces eaux contaminées venait à être actée, la communauté internationale réagirait. De plus, on peut légitimement penser que le gouvernement japonais ne prendrait pas le risque de rejeter ces eaux à proximité immédiate de ses côtes, mais plutôt en plein océan afin de limiter l’impact sur sa population. Mais alors, quelles seraient les conséquences environnementales de l’introduction en grande quantité d’eau radioactive dans l’océan ? Il semblerait ne pas y avoir eu d’études menées sur le sujet étant donné qu’avant 2011 ce scénario ne semblait pas possible. Nous pouvons tout de même légitimement penser que cela aura indéniablement un impact à court, mais aussi à long terme sur la faune et la flore marine sans pouvoir réellement quantifier les dommages éventuels. L’inquiétude est grande du côté de l’ONG quant aux conséquences environnementales : « On estime qu’il faudra attendre dix-sept ans pour que cette contamination radioactive soit assez diluée pour atteindre un niveau sûr ». Mais les responsables de la centrale leur opposent que si le site n’est pas vidé de ses grands réservoirs, il sera impossible de construire des installations de stockage sûres pour les débris et autres contaminants qui seront bientôt extraits dans le cadre des travaux de déclassement du site de Fukushima[8].

De plus l’injection de 300 à 400 tonnes d’eau quotidienne dans les réacteurs pour maintenir ces derniers dans un « état froid » montre à quel point la solution du rejet des eaux contaminées dans l’océan n’est pas une solution viable sur le long terme, car celle-ci causerait une pollution continue du milieu maritime. Cette « solution » montre bien la complexité de la situation à laquelle le gouvernement japonais fait face, en effet la seule solution environnementalement viable sera de continuer le stockage des eaux contaminées. Cependant cette solution reste très onéreuse, car elle nécessite la construction de nouveaux réservoirs ainsi que la continuation d’un processus de filtration déjà très coûteux.

De la réunion d’un comité d’experts sont également ressorties deux autres solutions, cependant elles ne semblent pas moins dangereuses que la première. La deuxième solution consiste en une injection souterraine, mécanisme qui consiste à rejeter les eaux usées domestiques ou issues de stations d’épuration dans le sol dans une tranchée drainante (pratique visant à gérer le ruissellement des eaux pluviales, prévenir les inondations et l’érosion en aval et améliorer la qualité de l’eau dans une rivière, un ruisseau, un lac ou une baie adjacente). Cette tranchée les répartit dans un large volume de sol et utilise la terre comme filtre avant que l’eau ne rejoigne un cours d’eau ou une nappe phréatique. Le problème de cette solution réside dans le fait qu’il y a un risque de pollution ou de contamination de cultures ou de pâturages, notamment quand ces eaux usées contiennent des métaux lourds, des molécules toxiques, peu biodégradables ou encore quand ces eaux sont celles qui ont servi à refroidir le cœur en fusion des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima.

La troisième option évoquée lors de cette réunion du comité d’experts est la vaporisation de l’eau radioactive dans l’air, ce qui là encore engage le gouvernement japonais dans un procédé long et fastidieux, car d’ici à l’horizon 2022, la capacité maximale de stockage sera atteinte avec 1,37 million de tonnes. Il faudrait donc engager un processus de purification de l’eau radioactive sur plus d’1 370 000 m3 d’eau. Cependant les mêmes problèmes et risques apparaissent : les vapeurs dégagées par l’évaporation de l’eau radioactive seraient donc toujours chargées d’agents chimiques dangereux pour la faune et la flore ainsi que la santé des citoyens japonais, à la différence que ceux-ci se répandront non plus dans la terre, mais dans les airs.

De plus Tokyo aurait fait comprendre qu’elle opterait pour la solution la plus économique, si certaines solutions viables venaient à être trop onéreuses. En effet le coût faramineux des travaux d’assainissement suite à la catastrophe de Fukushima a été estimé à plus de 21 500 milliards de Yens en 2011, soit 180 milliards d’euros, estimation revue à la hausse en 2015, après le témoignage du chef de la centrale nucléaire de Fukushima, Akira Ono, qui déclare que les opérations d’assainissement pourraient bien prendre jusqu’à 200 ans. Ces faits sont corroborés par le Japan Center of Economic Research, qui envisage également que la facture de la décontamination pourrait atteindre de 400 à 570 milliards d’euros[9].

Et en France ?

Suite à la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement français a réagi et investi une commission de l’ASN (Agence de Sécurité Nucléaire), pour enquêter sur le niveau de sûreté des installations nucléaires françaises. Durant 5 mois l’ASN les a passés au crible, ce qui l’a amené à plusieurs constats :

Premièrement les évaluations complémentaires de sûreté ont conduit l’ASN à préconiser des mesures visant à renforcer la sûreté des installations nucléaires, au niveau européen et au niveau national. Comme l’indique M. Jean-Christophe Niel, directeur général de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), « suite à l’accident de Fukushima, la France a, comme les autres pays, pris un certain nombre de mesures visant à renforcer la sûreté des installations. Il s’agissait en premier lieu de se prémunir contre ce qu’on appelle les agressions externes, comme ce qui s’est produit à Fukushima, c’est-à-dire contre un séisme ou une inondation de très grande ampleur. Dans cette perspective, l’objectif de la démarche “noyau dur” (…) était triple : prévenir la survenance d’un accident grave ou à tout le moins limiter ses effets ; prévenir les rejets radioactifs à grande échelle ; faciliter la gestion de crise, pour éviter ce qui s’est produit à Fukushima ».

Ce renforcement de la sûreté des installations nucléaires comporte 3 phases, dont la première a été achevée :

  • La phase 1 a été finalisée en 2015. Elle correspond au déploiement de moyens facilitant l’intervention en cas de situation extrême : renforcement des moyens mobiles d’alimentation en eau et en électricité, création de la force d’action rapide nucléaire (FARN) et renforcement de certains matériels ou structures. Ces mesures ont été mises en œuvre par les exploitants. Ainsi, EDF indique avoir engagé une première phase de modifications de ses installations et de son organisation, mise en œuvre entre 2011 et 2015 : « on peut citer notamment (…) l’autonomie en électricité des systèmes essentiels (…) améliorée par l’installation d’un groupe électrogène capable d’alimenter les installations nécessaires à la caractérisation de l’état des piscines (niveaux d’eau, éclairage de secours), disposition qui a fait défaut à nos collègues Japonais lors de l’accident de Fukushima. L’autonomie des batteries du contrôle commande a aussi été augmentée ».
  • La phase 2, qui devrait être finalisée aux alentours de 2024, est associée au déploiement de moyens fixes robustes face aux agressions extrêmes. Il s’agit notamment du Diesel d’Ultime Secours (DUS) associé à chaque réacteur, de la source d’eau ultime et d’un nouveau centre de crise local. Il s’agit d’équiper chaque réacteur d’un diesel de secours différent installé sur des plots capables de résister à des séismes d’une puissance incomparable. La couverture du parc nucléaire en diesel d’ultime secours devait normalement être achevée à la fin de l’année 2018. Problème : seuls deux DUS sont actuellement opérationnels sur le site de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Mais si EDF a obtenu de l’ASN, au début de cette année, un délai supplémentaire (fixé à fin 2020) pour l’achèvement du programme, il est loin d’être certain qu’elle parviendra à respecter ce nouveau calendrier[10]. Les centres de crise devraient être mis en place entre 2018 et 2024. D’ici cette échéance, les équipes de crise sont abritées dans des bâtiments existants, renforcés pour être rendus robustes au séisme de dimensionnement. Toutefois, M. David Boilley, président de l’association pour le contrôle de la radioactivité dans l’ouest (ACRO), déplore « la lenteur du déploiement des mesures demandées à EDF. C’est ainsi que l’installation des diesels d’ultime secours n’est pas achevée et qu’aucune des salles de contrôle bunkérisées prévues n’est en service. Le calendrier de mise en œuvre est très lent. Nous espérons qu’aucune catastrophe n’interviendra d’ici son achèvement ».
  • La phase 3, qui est la dernière du projet et s’étend jusque 2035, correspond au déploiement de l’ensemble des moyens permettant de gérer les situations de pertes totales de la source froide et des sources électriques affectant l’ensemble des réacteurs d’un site, à la suite d’une agression naturelle d’intensité dépassant celles considérées jusqu’alors. Cette phase est spécifique à la France. Les travaux seront réalisés à l’occasion de la quatrième visite décennale des réacteurs 900 MW, avec pour objectif de les rapprocher des niveaux de sûreté des réacteurs de troisième génération (EPR).

Au-delà de ces mesures de protection et de renforcement des structures nucléaires, il apparaît également un besoin de repenser, sinon de renforcer les dispositifs de gestion de crise et de protection des populations en dehors de la seule installation nucléaire. C’est notamment ce qu’il ressort du rapport de l’Assemblée Nationale à ce sujet.

Un dispositif de gestion de crise perfectible

La sécurité civile agit au cœur des situations d’urgence. Elle s’appuie en particulier sur 250 000 sapeurs-pompiers qui peuvent intervenir sur l’ensemble du territoire national et à l’étranger. Dans le cadre de cette commission d’enquête, s’intéresser à la sécurité civile peut sembler paradoxal dans la mesure où cela revient à admettre la possibilité d’un accident nucléaire, alors que l’objectif des travaux de la commission est précisément qu’un accident de ce type ne se produise jamais.

Pourtant, la leçon que la commission retire de son déplacement au Japon ainsi que de ses auditions est qu’un accident est toujours possible, quel que soit le pays. C’est pourquoi, même si un accident nucléaire est présenté comme impossible par les exploitants d’installations nucléaires, la commission d’enquête a souhaité vérifier si la sécurité civile était prête à l’affronter. De ce point de vue, les dispositifs de gestion d’une crise liée à un accident de nature nucléaire semblent perfectibles.

Les périmètres des plans particuliers d’intervention (PPI) trop faibles

Ce sont en effet les constats faits par la commission chargée de diligenter l’enquête sur la sureté et la sécurité des installations nucléaires.

Des plans d’intervention d’un périmètre réduit

En premier lieu, les dispositifs d’alerte, d’information et d’évacuation n’apparaissent pas en mesure de protéger effectivement les salariés et les populations locales.

Le plan particulier d’intervention (PPI) est, pour chaque centrale nucléaire, le document de référence en cas d’alerte liée à un accident nucléaire. Il est établi par les pouvoirs publics pour la protection des populations, des biens et de l’environnement face à un risque particulier, le risque nucléaire. Ce plan est un volet des dispositions du plan ORSEC. Il précise les missions des différents services de l’État concernés, les schémas de diffusion de l’alerte des populations, les moyens matériels et humains qui seraient mis en œuvre et l’articulation avec le plan d’urgence interne (PUI) dont la responsabilité appartient à l’industriel nucléaire concerné.

Le PPI fixe également des obligations aux exploitants, aux collectivités territoriales, aux médias ou encore aux établissements scolaires, en matière d’alerte et de mise à l’abri. L’ASN fournit aux préfets les bases techniques (risques présentés par les installations, accidents possibles, effets à l’extérieur du site) qui leur permettent d’établir leurs PPI. Le PPI est consultable en mairie et une brochure d’information est communiquée aux habitants des communes concernées. Ce sont donc, à l’heure actuelle, les PPI qui fixent le dispositif d’alerte, d’information, de distribution d’iode et d’évacuation.

Les différents plans de protection des centrales

 Les plans élaborés par les opérateurs :

  • en cas d’incident de sûreté : le plan d’urgence interne (PUI). Ce plan définit toute l’organisation interne à la centrale, ainsi que les moyens particuliers à mettre en place en cas de situation accidentelle sur les installations. Il est élaboré par l’opérateur, approuvé par l’autorité de sûreté et transmis au préfet dans le cadre des éléments nécessaires à la rédaction du PPI. Le PUI est déclenché par la direction de la centrale. Il est coordonné avec le PPI qui traite les conséquences survenant à l’extérieur du site ;
  • en cas d’incident de sécurité : le plan particulier de protection (PPP). Ce plan est établi pour chaque point d’importance vitale à partir du plan de sécurité de l’opérateur d’importance vitale, qui lui est annexé. Il est élaboré par l’opérateur et approuvé par le préfet, sur avis du ministère de la transition écologique et solidaire. Il comporte des mesures permanentes de protection et des mesures temporaires et graduées.

Les plans élaborés par les pouvoirs publics :

  • en cas d’incident de sûreté : le plan particulier d’intervention (PPI). Ce plan décrit l’organisation des secours mis en place par les pouvoirs publics, en cas d’accident dans une centrale nucléaire susceptible d’avoir des conséquences pour la population. Le déclenchement et la coordination des moyens qui en découlent en fonction des circonstances sont placés sous l’autorité du préfet ;
  • en cas d’incident de sécurité : le plan de protection externe (PPE). Ce plan est établi pour chaque point d’importance vitale par le préfet de département en liaison avec le délégué de l’opérateur pour la défense et la sécurité de ce point, en cohérence avec le PPP. Il récapitule les mesures planifiées de vigilance, de prévention, de protection et de réaction prévues par les pouvoirs publics.

L’articulation du PPI et du PPE fait l’objet d’échanges entre le COSSEN et la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Ces deux plans sont rédigés par le préfet, qui a toute latitude pour ajuster les interfaces.

Comme l’indique la direction générale de la sécurité civile, « l’articulation du PPI et du PUI est sans doute un des sujets pour lequel des progrès pourraient être réalisés. Le PUI est le seul plan qui n’est pas soumis à l’approbation du préfet (uniquement transmis), et les maquettes nationales des PUI proposées par les exploitants et validées par l’ASN ne font pas, non plus, l’objet d’une validation de la DGSCGC (…). L’interface PUI/PPI est sans doute un axe de progrès sur lequel il convient de plus investir ».

Le principal défaut de ces plans était la faiblesse du périmètre qu’ils couvraient : 10 kilomètres au maximum. Ces plans prévoyaient principalement une information et une distribution de pastilles d’iode dans un rayon de 10 kilomètres de l’installation, une mise à l’abri dans un rayon de 5 kilomètres et une évacuation dans un rayon de 2 kilomètres.

Pourtant, le retour d’expérience de Fukushima a montré que des effets significatifs ont été ressentis dans un rayon beaucoup plus grand, et des évacuations ont été organisées jusqu’à 45 kilomètres pour les zones situées sous les vents dominants : dès lors, le sous-dimensionnement des plans français est apparu de manière évidente.

Ces PPI présentent une autre particularité : ils sont limités aux réacteurs nucléaires et ne concernent donc pas les installations d’Orano ou du CEA, par exemple. Le Préfet Jacques Witkowski, directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGPCGC) nous a indiqué que la réflexion de l’État était engagée sur ce sujet.

Préconisation : prévoir des plans particuliers d’intervention (PPI) pour les principaux sites à risques d’Orano et du CEA (La Hague, Marcoule, Cadarache…), les actuels PPI étant limités aux centrales d’EDF.

 

Des plans en cours de révision

C’est pourquoi, les PPI sont aujourd’hui en cours de révision, sous la supervision des préfectures. Cette révision devrait intégrer une extension du périmètre, porté de 10 à 20 kilomètres et décidée par l’ancienne ministre de l’Environnement, Mme Ségolène Royal, dès 2016, lors de la Conférence environnementale. La circulaire du ministère de l’Intérieur, datée du 3 octobre 2016, et adressée aux 18 préfets concernés le confirme. Treize PPI devraient être prêts entre novembre et décembre 2018, cinq devraient l’être d’ici la fin du premier trimestre 2019 et le dernier à la fin du premier semestre 2019.

On peut néanmoins se demander si cette extension à 20 kilomètres est suffisante, compte tenu des retours d’expérience de Fukushima. Plusieurs organismes, comme l’ACRO et l’ANCCLI, recommandent une extension des PPI, au moins pour celles de leurs dispositions qui concernent l’information et la prévention, à 80 voire à 100 kilomètres. La pertinence d’une nouvelle extension du périmètre de 20 kilomètres, en particulier pour les mesures liées à l’alerte et à l’information, mérite d’être étudiée. Dans tous les cas leur mise en place doit se faire rapidement et être entourée d’une large communication[11].

Ainsi, la catastrophe de Fukushima aura eu le mérite de forcer le monde du nucléaire et le monde politique français à repenser la sécurité de ce secteur ô combien important, mais également potentiellement très dangereux ; quand bien même des améliorations restent possibles, mais surtout souhaitables.

           

 


[1] Le cartographe, « Japon le séisme du 11 mars 2011 », disponible en ligne : https://le-cartographe.net/dossiers-carto-91/asie/135-japon-le-seisme-du-11-mars-2011

[2] The Telegraph, “Fukushima reactors finally brought under control”, decembre 2011, disponible en ligne : https://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/japan/8960420/Fukushima-reactors-finally-brought-under-control.html

[3] DEMETRIOU Danielle, “Japan earthquake, tsunami and Fukushima nuclear disaster : 2011 review”, The telegraph, decembre 2011,  disponible en ligne : https://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/asia/japan/8953574/Japan-earthquake-tsunami-and-Fukushima-nuclear-disaster-2011-review.html

[4] MESMER philippe, « l’eau contaminée, poison durable de Fukushima », Le monde, septembre 2019, disponible en ligne : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/09/12/l-eau-contaminee-poison-durable-de-fukushima_5509489_3244.html

[5] « Il n’y aura plus d’espace pour stocker l’eau radioactive de la centrale de Fukushima en 2022 », Le Monde, aout 2019, disponible en ligne : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/13/fukushima-par-manque-d-espace-de-stockage-de-l-eau-radioactive-pourrait-etre-deversee-dans-l-ocean_5499092_3244.html

[6] GOURMELLET Simon, « Fukushima : pour Tepco, la question de l’eau contaminée reste insoluble », france info, aout 2013, disponible en ligne : https://www.francetvinfo.fr/monde/japon/fukushima-pour-tepco-la-question-de-l-eau-contaminee-reste-insoluble_395134.html

[7] « Eau contaminée à Fukushima : toujours pas de solution satisfaisante », nippon.com, mars 2015, disponible en ligne : https://www.nippon.com/fr/features/h00100/?pnum=2

 

[8] « Les eaux contaminées de Fukushima vont-elles finir dans le Pacifique ? », Consoglobe, aout 2019, disponible en ligne : https://www.consoglobe.com/eaux-contaminees-de-fukushima-dans-le-pacifique-cg

 

[9] TROUILLARD Stéphanie, « Fukushima, huit ans après, le coût astronomique de la décontanimination de l’eau », France 24, mars 2019, disponible en ligne : https://www.france24.com/fr/20190311-fukushima-tsunami-centrale-nucleaire-decontamination-eau-mer-japon

 

[10] DROUIN Olivier, « Sécurité nucléaire : le rapport confidentiel qui met en cause les choix d’EDF », Capital, aout 2019, disponible en ligne : https://www.capital.fr/entreprises-marches/securite-nucleaire-le-rapport-confidentiel-qui-met-en-cause-les-choix-dedf-1346562.

 

[11] Assemblée Nationale, rapport n°1122 fait au nom de la commission d’enquête sur la sureté et la sécurité des installations nucléaires, enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 28 juin 2018, disponible en ligne : http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-enq/r1122-tI.asp