Cinq questions pour comprendre les nouvelles relations entre l’Arabie Saoudite et Israël (ENTRETIEN avec Mohamed Badine El Yattioui)

 
BIN SALMAN
 
MOYEN-ORIENT – Depuis quelques mois, l’Arabie Saoudite est au centre des préoccupations au Moyen-Orient. Il y a d’abord eu l’annonce en juin dernier de la fin des relations diplomatiques avec le Qatar. Le 4 novembre dernier, c’est la démission surprise du premier ministre libanais Saad Hariri qui a encore déstabilisé un peu plus la région. Une démission annoncée par ce dernier en direct de Riyadh, alimentant les suppositions selon lesquelles Saad Hariri aurait été forcé à ce geste par ses alliés saoudiens. L’annonce sera suivie le même jour par celle de l’arrestation de plusieurs princes, hommes d’affaires et ministres saoudiens.

Cette semaine, c’est l’interview d’un chef d’état major israélien dans le journal en ligne arabophone Elaph qui alimente les rumeurs d’un rapprochement officiel du royaume saoudien avec son ancien grand ennemi, Israël. Il faut dire que les deux pays ont pour point commun celui de partager un même ennemi: l’Iran.

Mohamed Badine El Yattioui, docteur en Science Politique et professeur de Relations Internationales et Science Politique à la UDLAP au Mexique, revient pour le HuffPost Maroc sur ces nouvelles alliances et ses conséquences sur le Liban et le conflit israélo-palestinien.

HuffPost Maroc: Avec la diffusion d’une interview d’un chef de l’armée israélienne parut dans Elaph, l’Arabie Saoudite montre-t-elle des signes de rapprochement officiels avec Israël?

Mohamed Badine El Yattioui: Le rapprochement est de plus en plus clair entre Israël et l’Arabie Saoudite. L’ennemi commun, l’Iran, les pousse à coopérer au niveau sécuritaire et bientôt au niveau militaire si cela continue sur cette voie. Mohamed Ben Salmane y est pour beaucoup dans ce rapprochement, qui risque de désarçonner les opinions publiques arabes.

Avec cette interview et la crise au Liban, peut-on parler d’une escalade des tensions avec l’Iran, « ennemi commun » d’Israel et de l’Arabie Saoudite?

La crise libanaise et la démission de Saad Hariri sont la conséquence de cette lutte à mort entre Saoudiens et Iraniens. Elle succède à la visite à Beyrouth de l’envoyé spécial de l’Ayatollah Khameini. Pour les Saoudiens, Hariri est trop tendre avec le Hezbollah, soutenu par Téhéran. Mais Riyad refuse de voir que l’équation libanaise ne peut se résoudre sans le Hezbollah.

Le Liban risque-t-il de devenir une victime collatérale de cette crise?

Le Liban risque réellement de vivre une crise gouvernementale profonde. Il y a fort à parier que le prochain Premier ministre sera le candidat de Riyad. Le Hezbollah se fera un plaisir de bloquer sa nomination et la constitution de son gouvernement au parlement. Mais le Liban étant dépendant économiquement de Riyad, cela complique les choses.

Les pays alliés à l’Arabie Saoudite, ou les Saoudiens, voient-ils d’un bon oeil cette relation diplomatique avec Israël?

Les Saoudiens et une partie de la famille royale voient d’un très mauvais oeil ce rapprochement avec Israël, mais Mohamed Ben Salmane n’a que faire de leur opinion. Il veut être le seul maître à bord. Les alliés comme la Jordanie et l’Egypte ont un traité de paix avec Israël donc pas de problème pour eux. Les Émirats Arabes Unis ont aligné leur politique étrangère sur celle de l’Arabie Saoudite, donc elle ne devrait pas avoir de problèmes avec ses alliés.

Quelles pourraient être les conséquences en Palestine, notamment vis-à-vis du Hamas, proche du Qatar?

Le Hamas, comme l’ensemble des mouvements issus des Frères Musulmans, sont dans le collimateur de Riyad depuis plusieurs années. Un rapprochement saoudien avec Israël risque de poser beaucoup de problèmes au Hamas qui aura face à lui Israël, l’Arabie Saoudite et l’Égypte de Sissi. D’ailleurs, le Hamas le sait et s’est rapproché du Qatar et de l’Iran pour avoir un soutien financier, logistique et diplomatique.

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