Panel: Le « brouillard de la crise »: quand des phénomènes exceptionnels remettent en question notre action et notre connaissance

Colloque annuel de l’Association pour les études sur la guerre et la stratégie (AEGES)

« (Re)penser la guerre. Stratégies, acteurs, outils »

14 et 15 décembre 2016

CERI, 56 rue Jacob, 75006 Paris

Panel de la section crise de l’AEGES:

Le « brouillard de la crise »: quand des phénomènes exceptionnels remettent en question notre action et notre connaissance

Crises et attentats au 21e siècle

L’objectif de ce panel est de poser une réflexion fondatrice pour la section étude des crises de l’AEGES en interrogeant l’incertitude à laquelle la crise confronte ceux qui décident et agissent. Le « brouillard » d’incertitude que crée la crise constitue le nœud central à partir duquel il nous semble fondamental de réinterroger nos connaissances sur les crises et les procédures de gestion de crise existantes. Ce panel est donc envisagé comme un laboratoire d’idées où nous souhaitons forger les axes de recherche que nous travaillerons par la suite dans le cadre de la section étude des crises et de l’Institut d’Etude des crises en lien avec différents partenaires publics et privés (ministères, OI, ONG, etc.). Dans le cadre de cette rencontre nous avons focalisé les contributions sur le rapport entre crise et attentats de manière à amorcer un travail sur cette question qui se poursuivra par la suite dans le cadre d’un groupe de travail spécifique.

Thomas MESZAROS (discutant) : crises et attentats (intervention d’introduction)

Bio : MCF en science politique, Université Lyon 3 (EA4586 – CLESID). Ses travaux de recherche portent sur les relations internationales, les questions de sécurité et les crises.

Résumé : Il sera question en guise d’introduction de ce panel de préciser le rapport qui existe entre attentats et crises politiques. L’objectif sera ainsi que montrer qu’il existe une cohérence entre les différentes communications proposées en fonction qu’elles abordent la faillite de l’Etat face aux situations exceptionnelles de crise générées par les attentats terroristes, que la communication de crise, notamment par le biais des réseaux sociaux, et la maîtrise de l’information constituent des axes fondamentaux d’une bonne gestion de crise, que les syndromes post-tramatiques des unités combattantes sur le champ de bataille renvoient à des logiques similaires vécues lors d’attentats soit par les forces de sécurité, soit par la population.

Clément MORIER : Repenser le concept de la faillite de l’Etat sous l’angle de la notion de crise politique

Bio : Docteur en science politique, qualifié en philosophie et en épistémologie au C.N.U. (Conseil National des Universités), Clément Morier est chercheur au Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et de Défense (C.L.E.S.I.D) de l’Université Lyon 3. Dans sa dimension théorique, son travail articule la pensée des formes du mathématicien René Thom pour appréhender la dimension du politique au travers de l’institution symbolique du social (Lefort, Castoriadis, Gauchet). D’un point de vue analytique, à partir de modélisations issues de Thom, il étudie les crises et “conjonctures critiques” comme des transformations d’états que connaissent les espaces sociaux, appréhendés comme des systèmes complexes. C’est dans ce cadre que ces travaux rencontrent ceux de Michel Dobry autour des « crises politiques ».

Résumé : Depuis que le concept « d’Etat failli » ou de défaillance de l’Etat a été dégagé, il s’agit de formuler la perspective d’une catégorie analytique, ayant pour tâche de saisir une situation politologique problématique : la répétition de multiples crises, dans des appareils étatiques vidés des ressources leur permettant, selon cette analyse, d’assurer une relative

stabilité politique dans l’espace social. Il s’agissait donc de délimiter une réalité crisogène dont l’un des impacts était justement l’implosion des structures étatiques dites « faillies ». La réalité crisogène récurrente pointée par cette catégorie pose selon-nous une question théorique autour de la dynamique des crises elles-mêmes. En effet, la parution récente d’un une série d’études qui se proposent de relire la Sociologie des crises politiques de Michel Dobry, parue en 1986, est l’occasion d’interroger ses apports au regard des difficultés que présentent les catégories liées à la faillite des Etats. En exploitant les enjeux du modèle de M. Dobry, notre étude pose la question suivante : dans quelle mesure la notion de crise politique pourrait éclairer la catégorie analytique de défaillance de l’Etat, utilisée notamment pour saisir les trajectoires africaines post-coloniales ?

Catherine ERTZSCHEID et Camille ALLOING: Les rôles des médias sociaux en situation de crise notamment en contexte terroriste

Bio : Catherine Ertzscheid dirige un pôle stratégie de communication médias sociaux et influence dans une grande agence parisienne. Elle enseigne aussi dans plusieurs business schools et universités. Juriste et anthropologue sociale de formation, elle a acquis au fil des ans une longue expérience des communautés, des organisations sociales ainsi que des situations sensibles. Auteur d’un livre référence intitulé « Le Community Management » paru aux éditions Diateino en septembre 2010, elle intervient aussi bien sur des problématiques de communication corporate, produit que politique.

Camille Alloing est maitre de conférences en sciences de l’information-communication à l’IAE de l’Université de Poitiers. Après avoir été consultant et ingénieur R&D dans les domaines du management de l’information et de l’e-réputation, il consacre ses travaux universitaires aux questions des pratiques de consommation de l’information en ligne, spécifiquement sur des terrains organisationnels. Il blogue par ailleurs sur le sujet de la réputation en ligne depuis plus de 8 ans (@caddereputation).

Résumé : Il sera question dans cette contribution d’aborder la question de la communication de crise sous l’angle des médias sociaux. Notamment, l’objet de cette contribution vise à aborder les différents rôles attribués aux médias sociaux, en fonction des acteurs prenant la parole et la phase de crise, dans le contexte particulier du terrorisme jihadiste français.

Antony DABILA : Faire face à la crise psychique au sein des unités combattantes. Le renforcement des structures de prise en charge psychologique et ses conséquences sur le commandement opérationnel.

Bio : Après des études de philosophie et d’histoire, Antony Dabila s’oriente vers les sciences politiques et l’analyse de la guerre et de la pensée stratégique. Docteur de l’université Paris- Sorbonne, il enseigne actuellement à l’université Lyon-III-Jean Moulin. Il est membre au Centre Lyonnais d’Etudes de Sécurité Internationale et de Défense (CLESID).

L’apparition du syndrome de stress post-traumatique (PTSD) en 1980 a connu sa première transcription opérationnelle en 1991 lors de la première guerre du Golfe. Pour l’armée française, cela s’est manifesté par la résurrection d’une « psychiatrie de l’avant », disparue depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Cette médecine psychiatrique est, à bien des points de vue, la transcription opérationnelle de la médecine d’urgence civile et, à ce titre, une manière de prendre en charge la crise et les troubles les plus aigus de la « santé mentale » des

armées. Reconnu comme blessure de guerre à part entière en 1992, le PTSD et ses structures de prise en charge ont depuis lors connu un renforcement constant. Ces structures ont eu un impact important sur le dispositif opérationnel et sur le style de commandement, qui n’est pas assez souligné dans les recherches sur le psychotrauma ou sur le commandement tactique contemporain. Comment s’est peu à peu institutionnalisé le « régime thérapeutique » de prise en charge du PTSD ? Quels ont été les conflits internes apparaissant à cette occasion ? Quelle nouvelle configuration sociale a vu le jour à la suite de ces réformes ? Quel impact à long terme sur l’efficacité de nos armées et sur leur capacité à se projeter sur les théâtres de guerre les plus lointains ? Ce sont là quelques-unes des questions que nous aborderons grâce à l’enquête menée depuis plus d’un an au l’IRSEM et pour laquelle nous avons rencontré de nombreux acteurs de la « psychiatrie de l’avant » française contemporaine.

Arthur LAUDRAIN: Le contrôle étatique de l’information face aux mouvements insurrectionnels : l’exemple de la révolution tunisienne (2011)

Bio : Arthur Laudrain est diplômé en Etudes internationales et War studies de l’Université de ontréal, de l’Université de Séoul et du King’s College. Il a participé à une simulation de crise au King’s College en tant qu’organisateur et à un exercice de gestion de crise cyber à Genève. Il a travaillé au Centre d’Études Stratégiques Aérospatiales (École Militaire, Paris) et dans le cadre du programme « Robotisation du Champ de Bataille » (École Spéciale Militaire Saint- Cyr). Il intégrera prochainement l’Université de Leiden pour suivre un MSc en Gestion de Crise. Ses domaines de recherche sont le cyberespace et les simulations de crise.

Résumé : Un grand nombre d’auteurs qui se sont penchés sur le sujet, notamment David Betz (2015), mettent en avant la flexibilité, l’extensibilité (scalability) et la résilience (survivability) des réseaux, qui seraient permis par la dématérialisation grandissante des contenus et des infrastructures. La thèse défendue ici cherche à nuancer cette vision des choses. A l’aide de l’exemple tunisien, il s’agira de démontre que le contrôle d’un Etat sur l’information dans le cyber espace repose en grande partie sur des caractéristiques locales, et que ce contrôle peut donc être fragmenté, incomplet et rapidement contourné, particulièrement en situation de crise majeure. L’objectif de dette contribution est d’ouvrir le débat sur les phénomènes qui concernent la France et l’Europe plus directement : la guerre de l’information dans un contexte de terrorisme et le risque de conflit hybride type Ukraine (2014) à l’Est.

Patrick LAGADEC (Président) : penser l’incertitude (intervention de conclusion)

Bio : Directeur de recherche honoraire de l’Ecole polytechnique, Patrick Lagadec a produit un grand nombre de publications importantes sur la question des crises, de leur gestion et plus spécifiquement sur le pilotage de systèmes complexes.

Résumé : Patrick Lagadec viendra clôturer ce panel en proposant quelques pistes de réflexion en lien avec les contributions proposées lors de ce panel et son dernier ouvrage Le Continent des imprévus – Journal de bord des temps chaotiques (Les Belles Lettres, Collection Manitoba, 2015).

Programme du colloque version PDF: aeges-programme-conference-final 2016-1[30843]

Déroulé du panel version PDF: Déroulé_PANEL AEGES DECEMBRE 2016